Correspondances

Correspondances avec L..

Correspondances avec N.

 

Salut J! ( J, C'est moi!)
Comment vont les t., les travaux littéraires et l'Art?
Levé de bon pied, j'espère! :-)
N

Salut N,
Tout va bien merci!
La journée fut dense, comme d'habitude, et je n'ai pas vu les heures s'échapper. Tant mieux, car ainsi je ne me pose pas les mauvaises questions. Il y a un temps pour gamberger et ce n'est pas celui qui me nourrit.
Par contre, l'oisiveté , compagne de certains week-end, m'invite de temps à autre, à errer sur les fils tenus de la toile. Une quête désespérée qui me conduit sans courage dans les pièges tendus aux pauvres mâles-aimés que nous sommes! Rares sont les instants de lumière. Il arrive parfois qu'un mot ou deux jaillissent du magma nauséabond et résonnent sur la paroi endormie de mon inconscience. Et là je mets alors en marche la machine à explorer les âmes : je divague, comme souvent je le fais, et sombre dans d'infinis soupirs mélancoliques. Je rêve. Je construis des arcs-en-ciel pour rejoindre l'étoile. Celle qui ne brille que pour moi et qui m'attend depuis une éternité!!
Tu m'as offert hier quelques espoirs.
Nos joutes verbales sonnèrent comme des bouffées rafraîchissantes. Ce fut bon.
Je me fous d'être ton amant ou pas ( je confie au seul hasard ma destinée sentimentale) mais j'ai été content de partager quelques instants de vies volées, fussent-elles sur des ondes éphémères, avec un être aussi délicat, et me semble-t-il, empreint d'une douce sensibilité.
Je ne cherche pas forcément à te construire un avenir, ni même à partager nos passés. Je veux vivre au jour le jour, tout ce que nous pourrions ensemble imaginer.
Le pouvoir du désir donnera, ou pas, du cheminement à nos idées, non?
Je serai heureux -et curieux- de donner un prolongement amical à nos mots. La suite logique serait d'échanger nos voix, puis nos sourires....
Que les vents te portent!
J.

25/02
Cher anonyme, aux mots si singuliers!
"J c'est bien", oui, sans doute! A la lecture, la prétention s'avère non dépourvue de justesse et je m'en réjouis. Ainsi, donc, avons-nous en partage l'amour des mots et l'usage délicat des impressions ténues! Tant mieux, le biais électronique n'offre, souvent, de telles recréations! Tirons faveur de celle-là, avant que sa gratuité ne se dilue dans les pièges du désenchantement, trop multiples hélas, tant notre existence consumériste s'acharne contre les illusions, les rêves même éphémères, en un mot, la métaphysique, J'ai en détestation appliquée, les choses pratiques, le réalisme, les faits crus, bref tout ce par quoi la vie triomphe du songe, de l'évasion, de la paresse, du panache, du poème....
Je te remercie de m'avoir élu à la dignité d'interlocuteur salubre et te renvoie le compliment, chargé de mille espérances! A celles de l'amour - sentiment trop démocratique, donc dévalué à mes yeux - j'objecte et préfère la quête relative de l'excellence, les serments d'amitié, les marques de loyauté, le privilège de la confidence, l'expression variée de la confiance, cet abandon vers l'autre, d'où se vérifie mon intérêt au monde. Jusqu'ici, à d'exceptionnelles joies près, l'exigence, en quoi je ne transige, a été déçue. Je n'en conçois nulle aigreur et crois encore au temps de l'Ami attendu. Mon optimisme est d'airain, ma foi de mohamétan :-)
En somme, je suis content de te croiser et espère t'entendre, de vive voix, hors l'entremise de la machinerie moderne. Je suis maître de mes heures mais déteste sortir, le jour. Mes soirées sont entre tes mains...Choisis!
N.


Salut N.,
J'aime tes mots. Ils portent la vie.
Tu es donc un doux rêveur....et je partage avec toi ce goût pour l'abandon et cette forte croyance en l'autre qui nous donne la patience d' espérer " l' Ami attendu".
Tu m'es sans doute l'être le plus proche par les mots, qui m'ai été donné de croiser aussi loin que je me souvienne.(NB : j'aime parer mes souvenirs d'un voile amnésique pour ne retenir que l'odeur enivrante des bons moments). Que les dieux, d' Orient ou d' Occident, bénissent ce hasard.
Les mots seront-ils les seuls catalyseurs d' un avenir à partager? Je ne pense pas. Je crois beaucoup au lien invisible qui peut relier deux individus : sans vouloir et sans comprendre mais juste savoir. La paix intérieure comme refuge et comme refus d'un monde qui aboie. Ce lien ne construit pas, ne se détruit pas. Il se devine. Lao Tseu prônait le non-être et le non-agir, postures qui engendraient l'action et l'existence heureuses. J'ai fait mienne cette philosophie. Pour obtenir, ne pas désirer!
Les mots conduisent la pensée. Les tiens sont une allégorie à la jouissance. Refuser un certain conformisme et s' offrir le plaisir ultime : la liberté!
Quelle chance as-tu de prétendre à cette liberté. Il te faut du courage ou de l' inconscience! Ta bulle est-elle donc hermétique à la pollution environnante?
Donne moi ton secret!
C'est avec joie et non pas sans fébrilité que je te communique mon téléphone.
Je t'espère au bout de ligne à des heures forcément différentes des tiennes. Je te rappelle que je suis un pauvre esclave de la vie moderne et que je me contrains, 23H passées, à me plonger dans mes draps pour d'improbables aventures oniriques!
Call you soon
J


26/02
Non, je n'appellerai.
Ta fréquentation possible m'est trop précieuse, pour que je commette l'inconséquence de nous exposer à la dilution téléphonique. Par ce moyen, je deviens très sot, prononce des bribes laborieuses, quand je n'incline, littéralement, à la mutité. L'usage de tels outils, je le crois, contrevient, par essence, à la délicatesse de l'abord ; je me garderai, alors, d'immerger le nôtre dans la mare des médiocrités techniques…Je reste, hélas jusqu'à l'outrance réactionnaire, un apprenti poète, fâché avec les affaires de l'existence commune. Oui, cela je te l'avais écrit ; oh, Dieu, je divague, avant l'échéance des ans !

Non, voyons-nous plutôt, certain soir de vacance hebdomadaire - un dimanche par exemple - dans l'un des ces lieux feutrés, dont Paris fait fortune ; prenons un verre ensemble, refaisons un bout de monde, sans a-priori, ni inquiétude ! J'aime à honorer ce genre d'audace, même si, souvent je le concède, une telle prédilection, suscite, en général, le scepticisme de mes interlocuteurs ; bien entendu, je sacrifie, là, au goût de la litote…

M'étonne toujours la propension des sociétés d'abondance et de sûreté, à contraindre leurs ressortissants par la pratique excessive de la prudence ; j'arrive, il est vrai de latitudes plus frustes, où l'hostilité des cieux rend, si féconds et miséricordieux, la rencontre, l'échange de mots, le frottement à d'autres humanités. Pourtant, dans mon Sahara natal, les vertus de tolérance restent bien inférieures aux préceptes de la République ; oui, ce n'en est qu'une preuve supplémentaire, la dynamique du monde demeure rétive aux trajectoires rectilignes.
Bien, je mets un terme provisoire à ma jactance ( Ah, Rabelais ! ) que tu stimules, pourtant, ô combien !
Je suis heureux de te lire, de retenir ton intérêt….
Mon secret, s'il y en a, réside dans l'épreuve de l'exil. Je ne puis en parler sans amertume et de lancinants remords. Nous en reparlerons, de vive voix, je le souhaite....
Enfin, je te livre, au seul usage du texto, mon numéro de messagerie ambulante :
Tu dors, sans doute ; lève-toi droit et fier !
N, ton ami


Mon doux Poète,
Le doute s'installe. je ne sais si je dois t' appeler ou pas. Tu évoques, le faisant, la crainte de saborder nos premiers échanges. J'héberge les mêmes peurs. mais l'envie doit nous contraindre. Il nous faut absolument converser de vive voix, même si les silences, les bégaiements ou les platitudes rythment nos premiers pas. Rien ne nous enlèvera le plaisir de la découverte, sorte d' avènement des sens.
Je suis assurément favorable à une rencontre dominicale autour d'un verre. Mais j'ai peur de te proposer une date à échéance assez lointaine, sous 3 semaines. Ne m'en tient pas rigueur : j'ai de la famille pour 2 semaines. Et je crains avoir les pires difficultés pour m'extirper des griffes maternelles.
Ce temps n'est pas du temps perdu, au contraire, nous allons le mettre à profit pour faire connaissance! je veux savoir tout ce qu'il m'est permis de savoir sur toi!
Tu mentionnes tes origines chaudes et lointaines : quelle contrée t'a vu naître et sourire à la vie?
Qu'aimes-tu?
Parle moi de tes amis, de ta famille, ce que sont tes loisirs, tes lectures. Quel goût a ton passé?
Qu'est ce qui te fait vibrer?
Dis-moi tout et tout le reste aussi!!
J'ai peut-être dépassé ce que m'autorise une bonne éducation en te posant ces quelques questions. Dis-le moi aussi.
NB : ton prénom est assez proche de la ville où j'ai grandi !
A te lire très bientôt!
J


27/02
Ami, si indulgent, non… bienveillant et grand!
J'aurai la patience d'attendre que les sollicitudes filiales te deviennent de moindre contrainte. Alors, nous nous verrions et je te dirais les traverses de ma vie d'exilé politique, ancien nomade de la caste guerrière, né sous la tente, dans le creux d'une dune, entre une chamelle et un palmier tous deux aussi étiques, dorloté par des esclaves, livré aux nourrices, courtisans, précepteurs en lettres et savoir-vivre français, maîtres coraniques et d'équitation, gâté par les faveurs de la nomenklatura puis, d'avoir lu vos Voltaires, se retournant contre elle, à l'âge de 16 ans, au point de récolter l'opprobre et le bannissement. C'est assez long et, parfois, d'un remuement pénible, quoique, sans doute édifiant sur la "théorie générale des revers de fortune", qui reste à écrire :-) Nul regret, cependant, d'avoir choisi la conviction à la famille! La fréquentation précoce de Spinoza, Kant et Adorno ne laissait d'échappatoire à ma conscience…J'eusse dû, pour mon bonheur certain, grandir analphabète, pauvre, humble et taraudé, encore enfant, par les commandements du ventre et les incertitudes du lendemain…
Je n'aime que l'excellence ; c'est aussi d'éducation et il me semble bien délicat d'y prétendre remédier, à 30 ans. Alors, évitons, de grâce, la platitude et son occasion!
Je te souhaite le meilleur; mes sens s'épanouissent de te lire!
N

02/03/03
Le Sabre tendu,

Salut N,
J'espère que tu te portes bien.
Alors serais-tu une sorte de Touareg? Chevalier bleu et animateur des déserts?
Ta destinée n'est pas banale! Elle t'a conduit en cette région parisienne malgré toi si j'ai bien compris. Comment survis-tu dans cette jungle aussi lointaine et aussi laide?
Je suis moi-même exilé en ces terres. Mon sud me manque et j'aspire au plus tôt à y retourner. Ne fusse que pour mon dernier souffle.
Connais-tu Camargue et Cévennes? Ce sont les mamelles qui m'ont nourri et donné la force d'être. Des terres fières et nobles, inondées par le soleil, qui ont l'apparence endormie mais dont le sang bouillonne de générosité. Les habitants y sont rudes et méfiants. Il faut du temps pour les aimer.
Le temps, ici j'en manque. Comme l'air manque aux feuilles les soirs d'automne. Le temps est un guide pour l'avenir, trésor inestimable qui ouvre les portes intérieures.
J'ai besoin de temps car j'ai besoin d'amour. Et sans amour pas d'avenir.
Je ne suis pas triste, au contraire! car je sais la chance qui est la mienne. mais je réfléchis.
Quel homme es-tu?
Quelle vie veux-tu?
Je suis avide de te savoir. te comprendre. comprendre tes souffrances pour mieux te connaître.
Et puis rire. Un éclat de vie sans prise de tête!
Rire, rire....nous devrions tous nous obliger à rire tous les jours. J'aime çà!
Quand puis-je t'appeler?
J.


03/03/03
Bonsoir, ami
Tes questions nous rapprochent, dangereusement, du temps de vérité, qui est celui de la rencontre et du dévoilement; hélas, comme tu as dû le pressentir tantôt, je suis un singe qui fait la grimace de près, exclusivement. Je répugne, à exposer la magie de la découverte, aux aléas du téléphone; oui, je l'ai déjà dit...et le crois toujours.
Je sais rire aussi, faire preuve de fantaisie, autant que de gravité; la dérision salutaire, la distance envers les illusions contemporaines et une dose incompressible d'optimisme ne me font défaut; néanmoins, la facilité, le laxisme dans les relations et le "coolisme" ambiant restent à l'écart de mes préférences.
C'est ainsi que je souhaite une rencontre vif abord et n'entends sacrifier à moins :-)
Je ne connais la Camargue, ni le tumulte débridé de la manade mais aime les chevaux et leur envol aux vents.
Quand aux Cévennes, je suis Ardéchois d'adoption; je t'expliquerai dans quelles circonstances, j'ai échoué, au début de mon exil, dans une ferme, quelque part sur les contreforts nord, en surplomb de la Drôme. J'ai arpenté les tristes rues de Privas, les venelles d'Aubenas, parcouru le plateau d'oliviers au dessus des Vences, goûté au silence de la Cathédrale de Malarce La Tine, suspendue dans les nuées de décembre, avec, pour rappel d'une chrétienté agonisante, l'écriteau "pas d'office aujourd'hui pour cause de curé fatigué"....
M'ont aussi enchanté d'autres édifices romans dans la vallée de l'Ouvèze, puis ces fameux "châteaux" de facture locale, espèces de demeures râblées, avec un pigeonnier en guise de tour et le vide à titre de douves....
Là, je me souviens du maquis de genêts jaunissant les crêtes, avant que l'approche de l'automne, sur la bruyère, n'en violetisse les flancs...
Oui, j'ai aimé les Cévennes et y ai appris à chasser le sanglier, en compagnie de paysans bougons et passablement soûlographes, ce qui, au passage, m'accorde la posture d'un mohamétan un tantinet atypique :-)
Nous reparlerons de cela, quand tu en auras le loisir.
Bonne nuit et remets-toi des sollicitudes maternelles.
N

04/03/03
Salut Chevalier,
Va pour une rencontre pour de vrai!
J'en espère autant que toi sans rien en craindre pour autant (ne rien désirer pour obtenir... )J'aime cette fatalité qui dresse devant soi un état de vérités, sans issues pour la fuir mais avec l'absolue nécessité de l'affronter. Je ne suis pas courageux, mais curieux!
Pour autant, si nous sommes d'accord sur cette finalité, il faudra quand bien en déterminer les modalités! J'imagine mal nous échanger par voie électronique et au détail prés, les lieux de notre première rencontre. Quelle misère!
Sois Prince et accepte l'idée que nous pourrions, sur le tard, avec les mots d'un protocole rassurant et choisi à l'avance si tel est ton désir ;o)) -ni trop, ni trop peu- faire tinter nos si belles voix rendues muettes par les circonstances.
Je m'en voudrais d'insister si je n'étais sûr de ton indulgence.
De l'Ardèche me reste le goût de la châtaigne, et des genêts, les souvenirs colorés de colonies de vacances. J'ai aimé ces temps anciens ou l'insouciance me mettait déjà à l'abri des turpitudes de mon devenir. Naissait déjà en moi, sans doute, le désir et le regard posés sur d'imaginaires Apollons. C'était facile : personne ne put reprocher à un jeune garçon sa curiosité à un moment ou il construisait sa personnalité. Avec le temps, c'est un alibi qui s'est affaibli...
Avec le temps, les regrets aussi, car Platon, de mon action, n'eut rien à redire!
Le présent.
Comment occupes-tu tes journées? Sont-elles douces?
A te lire avec impatience,
J

04/03/03
Oh, te voilà si inspiré et d'une délicate amertume! Ce que je viens de lire me rend l'optimisme bafoué durant quelques heures de voyage, hors de Paris, moi qui déteste tant sortir, le jour!
J'aime, surtout, telle que tu l'effleures, l'implication de Platon dans ton dilemme...
J'occupe mes journées à distiller du courage à d'autres naufragés, écrire des manifestes, en corriger, traduire, harceler des journalistes stupides, des députés pressés, des hommes politiques à l'ignorance performante, le tout, avec l'obligation d'utiliser le téléphone, quand la messagerie électronique ne suffit....C'est dire le supplice....
Ensuite - l'apostolat peut pré-empter le jour entier - je reviens à mes "travaux littéraires", dans quoi je m'abîme, sous le bercement d'un concert de violoncelles, jusqu'à la délivrance par la nuit; là, je vais à la vie, dehors et respire, chaque fois avec une jubilation dont je ne sais le ressort, la rumeur de la ville apaisée.
Je dîne avec des lobbystes, des camarades de lutte, des jeunes filles, souvent croisées et connues dans les mêmes cafés, puis entreprises, avec plus ou moins de fortune....Insondable détresse, je ne les supporte pas, dès lors qu'elles se risquent à déclarer ou signifier " je t'aime"; que fuis-je? Je l'ignore mais cours, sans défaut, jambes au cou. Par la suite, garçon transi par la crainte de passer pour goujat, je m'épuise, assauts de fleurs, cadeaux et attentions courtoises en batterie, à me faire pardonner...Le jeu, Dieu merci, connaît quelques pauses, des diètes :-)
Avant minuit, je rentre et me remets à lire, jusque tard, très tard, souvent.
Je me réveille mêmement, en moyenne, quand les rigueurs sociales ne me forcent à affronter la sale lumière du matin...
Oscar Wilde, à qui l'on demandait une définition de la vulgarité, répondit " c'est se réveiller avant midi"; Il m'arrive, de plus en plus d'être vulgaire :-)
Voilà un petit bout de ma vie. Je me sens bien plus à l'aise, ainsi que par le téléphone....Il ne s'agit pas d'une simple coquetterie.
Le jour venu, nous pourrions convenir d'un rendez-vous et nous reconnaître, par texto. Je préfère cette perspective-ci, vraiment.
Raconte-moi J, maintenant! :-)
Ton, ami
N

05/03/03
Le jour se lève…

Bigre ! Mais tu es beaucoup plus œuvré que tu ne le prétendais. Sous des airs détachés, tu t'obliges à des utilités qui me semblent fort influentes.
Mais quelle est donc ta lutte ?
Tu évoques aussi des " travaux littéraires " ? Sont-ils allusifs à nos correspondances ou bien fais-tu référence à des projets plus personnels ?
La curiosité me ronge et attise ma soif de toi. Pardonne-moi.
Tu es si loin, mes messages s'envolent tous soirs ou presque vers une destination inconnue mais sûre. Quelle bizarrerie -oh combien excitante- vit-on finalement : se découvrir une intimité naissante et se refuser à la parole.
Je respecterai ton choix.
Il me sied aussi.

J'ai récemment évoqué la méfiance qui caractérise les indigènes de ma terre native. C'est cette même retenue qui a escorté J. L'espace ensemble périmétré me rassure : J s'estompe progressivement laissant la place à ..F.
Ni lumière, ni brouillard dans cette apparition forcée. La confiance fonde la sincérité et me libère peu à peu d'une geôle inventée et protectrice.

Lever le voile.
J'ai vécu plusieurs années marié à une splendide femme brune, aux yeux noirs, profonds, issue des peuplades nord-africaines. Les aléas de la vie nous ont conduit sur des chemins séparés, malgré moi. J'en garde un souvenir heureux, ému et nostalgique, comme un mal de pays. De cette union, un petit homme est resté. J'en ai la " jouissance " tous les quinze jours. C'est un vrai bonheur.
Je vivote maintenant dans un isolement affectif, autant voulu que subi, lorgnant vers la gent masculine pour apaiser des convictions intestines.
Je sais maintenant que c'est mon salut. Un salut encore difficile à exprimer, à accepter, à assumer.
J'en appelle au temps.
A te lire.

05/03/03
Sacrédiou! Père, déjà et de surcroît, d'un petit homme, le "bien guidé" en Arabe! Tu scelles encore d'autres mystère! Bigre, alors! Il me faut t'entendre, de près!
Tu es F ou J ?
Je suis heureux, jusqu'à l'euphorie vaniteuse, de susciter ce début de dévoilement.
Mes travaux littéraires sont des tentatives de romans, pensés en nomade et traduis vers un Français vieillot, quoique de vigoureuse prétention....
Je voyage, loin, le lundi prochain et n'en reviendrai avant 3 semaines; nous verrions-nous avant mon départ?
Encore merci de m'écrire, chaque soir, ces ligne d'enchantement....
N

05/03/03

Cher Ami,
Appelle-moi F, puisque mes parents l'ont voulu ainsi.
Au fait, quelle est la signification de N ?

Je crains de ne décevoir ton enthousiasme ; je ne recèle malheureusement aucun mystère. Ma simplicité et ma bonne humeur sont mes seuls trésors. Je les partage volontiers.

Oh ! Que j'exulterais à lire tes romans ! Si le temps nous offre une destinée, je voudrais être ton premier lecteur. Oseras-tu ?

Alors tu m'abandonnes…Cette absence va m'obscurcir. 3 semaines sans nourriture nomade. Quelle force m'invitera à la patience ? M'écriras-tu de ton exil ?
Si ton départ est programmé pour ce lundi, il me paraît peu probable d'envisager une entrevue. Tous les lundi soirs, j'ai cours de …. Et tous les mercredi soirs, je joue , ce qui explique cet envoi tardif !

Les rêves seront cette nuit mon réconfort.

F

05/03/03
Cher F
N, en vieil Arabe, tantôt adjectif, tantôt substantif, signifie "bienheureux", "comblé", "degré supérieur paradis", "extrême agrément"....
Oui, le jour venu, m'agréerait la faveur de retenir ton attention de lecteur; je réclame, bien entendu, un privilège identique :-)
Bien sûr, nous nous écrirons et je te tiendrai, par la menue relation, au fait de mes actes tropicaux. Cependant, je regrette que le sort, tes habitudes et contraintes nous imposent de différer l'entrevue. Le sel, je suppose, n'en sera que plus relevé, à mon retour....
A cette infortune, je trouve, néanmoins, une consolation, par défaut: la distance ne marquera un supplément de chagrin, puisque nous ne nous serions pas vus :-)
Dors bien et ne me laisse polluer ton sommeil! Même en rêve, je sais devenir hégémonique....
N

06/05/03
Bienheureux !

" N" est une fresque colorée et parfumée…
Ton prénom exprime mille richesses et tu les revêts avec éclat. Le " degré supérieur paradis " m'interpelle : est-ce une conscience ou un descriptif ? -être ou avoir-

Si je comprends bien, tu pars au soleil. Je te souhaite des jours et des instants de chaleur. Mais que fais-tu, toi, ombre prodige qui craint le jour pour exister, sous de pareilles latitudes ?
J'envie ton exil.

Parle-moi d'un de tes textes, d'un paragraphe, d'une seule phrase même. Soumets-moi ton âme de scribe et laisse moi explorer un imaginaire lointain.
J'aime aussi découvrir les êtres par leurs espérances. Ce sera ma pilule de patience…

A te lire
F

07/03/03
Bonjour, mon F
Mille préparatifs me retiennent de t'écrire davantage que ces lignes de constat; je cours, de la teinturerie à la pharmacie, cherche des livres introuvables, hésite entre deux paires de lunettes de soleil - ah, coquetterie vaine - et délègue les tâches courantes à quelques camarades, dont je redoute, un peu, l'incompétence....
Tels sont mes soucis du moment; penser à toi et recevoir tes messages annule, un instant, l'instabilité qu'occasionne le voyage; ah, j'y repense, les déplacements de ma verte jeunesse m'étaient bien moins pénibles, quoique menés avec des moyens plus rudimentaires et sous l'adversité du ciel; enfin, je viens de comprendre pourquoi: les serviteurs faisaient tampon entre l'épreuve et moi! Et dire qu'il m'a fallu réfléchir à tant d'évidence! :-)
Tu me parles si peu de toi, de tes activités quotidiennes...Evidemment, je ne déprécie la confidence antérieure et m'en flatte, plutôt; je souhaite, toujours plus...:-)
J'aime "la pilule de patience"!!
A toi!


07/03/03
Oh mon Guerrier !

Tu veux que je te parle de mon quotidien. Allons-y…
Comme tu le sais, je travaille chez ......précisément. Je manage une équipe de 4 personnes et sommes responsables de ........ C'est à la fois une responsabilité fonctionnelle et opérationnelle ( j'ai de nombreux clients en France et en Europe). C'est un job plutôt technique, avec une dimension commerciale (mon métier d'origine) et captivant. Ce qui me laisse peu de temps en semaine pour errer…J'ai cette chance d'aimer mon métier. Mon lieu de travail est à ....., assez éloigné de mon domicile. Il me faut donc tous les matins, 1H à 1H30 de voiture pour aller bosser et un peu moins le soir. Bref, debout tous les matins 6H30 et retour vers 20H00.
Je m'accorde quelques respirations en semaine pour aérer mon cerveau. J'ai la pratique régulière du sport.

J'adore la musique et ne désespère pas un jour de frimer sur scène ;o). Aussi, j'ai acheté un ....

Le temps qui me reste, je le consacre au shopping, pour acheter n'importe quoi…au cinéma ( au moins 2 à 3 fois par mois)…aux petites soirées que j'aime bien organiser chez moi, en compagnie de quelques amis …. Et à écrire à N ! C'est finalement ce qui me plait le plus en ce moment.
Pour finir sur mon " quotidien ", j'adore partir en voyages. Déjà fait : Maroc, Tunisie, Sénégal, Etats-Unis, Chine, Iles Maurice, Maldives, Europe…
Mes prochaines envies : Australie, Venezuela. Rien n'est programmé à date.

Eh ben voilà…Bavard?
A toi ?


09/10/03
Bonsoir, mon J
C'est effrayant de contraintes!
Comment y trouverais-je ma place éventuelle? Y 'en a-til, vraiment, pour quelqu'un?
Je ne reproche pas; j'exprime l'étonnement et, un peu d'admiration, tout de même!
Demain, je prends l'avion...et en conçois quelque appréhension...
A bientôt!

09/03/03
Salut N,
Quelle est la signification de "hik met" ?
Ne dit-on pas banalement que la nature a horreur du vide? C'est sans doute vrai. J'occupe mon temps pour ne pas sombrer dans l'absence, l'absence de celui qui me manque.
Il y aura un temps de partage et de présence pour la personne aimée. Sois-en sûr!
Je te souhaite un bon séjour.
F

09/03/03
Humm, oui, le vide affectif explique, sans doute, une telle pléthore de sollicitations!
Hikmet signifie "sagesse"
A bientôt, ami!

15/03/03
Bonsoir
Je rentre de mes pérégrinations aux confins du désert, ensablé, sale, traînant une odeur de souffre, d'argile et d'essence de patchouli et, cependant, si heureux. Avant de me débarbouiller, je te salue.
A bientôt, ami!

16/03/03
Prince du désert,
Tes nouvelles font plaisir.
Je suis heureux de te savoir ..heureux!
Quelle est donc ton aventure?
Que les vents te chauffent
A te lire,
F

31/03/03
Bonsoir N,
Tu es maintenant revenu et je m'en réjouis. Prendras-tu, à l'occasion, le temps pour me raconter quelques passages de tes vacances?
Histoire de garder égoïstement le parfum de tes mots, je prolonge volontiers notre correspondance, avant notre prochaine rencontre. A cette idée, la curiosité me pique mais je sens aussi poindre la nostalgie ; Il est probable qu'il ait un avant et un après, quelles qu'en soient les circonstances. C'est ainsi.
La magie du rêve laissera place à l'espoir d'une réalité. A prendre ou à laisser.
Pas de regrets, car c'est le prix pour avancer!
Allons, du courage F!
A te lire,
F

Salut N,
Tes nouvelles se font rares...es-tu définitivement rentré ou te reste t-il encore quelques vagues à l'âme nostalgiques de ton récent périple?
Je t'espère.
F

07/04/03
Bonsoir, ami
Je suis rentré et t'ai envoyé, depuis, un texto, puis un message électronique, tous les deux restés sans réponse; par orgueil, je me suis abstenu d'insister
Je suis trop disponible pour qu'il faille m'espérer....
A toi!

Je suis heureux de te retrouver.
Un des messages a dû assurément m'échapper, sans quoi, il ne fut pas sans réponse.
Je te propose de nous rencontrer le We du 20 avril, si tu es d'accord.
Cela te convient-il?
A te lire,
F

09/04/03
Cher ami
Oui, cela me convient; je préempte la date! :-)
Quand, en plus précis?

N,

Je te laisse le choix du jour, du lieu et de l'heure! Je fais confiance à ton intuition pour réunir les meilleures conditions.
Disons, que ma plage horaire se situerait du vendredi soir 20H au Dimanche soir 20H.
A te lire,
F

10/04/03
Cher J
Je propose le dimanche à 18h30 ou 19h 30 ou 20 h; que préfères-tu? :-)


Cher N,
Tu as visiblement et définitivement décidé de m'appeller J, soit! Cela me plait bien aussi.
Va pour 19H30!
Comment nous fixons-nous le lieu?

13/04/03
Salut, ami!
J'oublie de préciser que que le café le Fumoir, se trouve à la sortie du métro Louvre-Rivoli.
A bientôt!

21/04/03
Salut N,
En cette fin de congés, j'espère que tu as trouvé les forces de te rétablir, fussent-elles assistées.
Donne-moi de rassurantes nouvelles.
Je nous souhaite, maintenant, de trouver le bon moment pour nous rencontrer.
Dans l'attente de te lire,
F.

21/04/03
Cher ami
Je me porte bien mieux maintenant; pouvons-nous nous revoir la semaine prochaine? J'en serai ravi!

N,

Très heureux de te savoir mieux portant.
Et impatient de te poser ton doux visage sur les mots offerts à ma contemplation, seules traces de ton existence..
Quelle date proposes-tu pour la semaine prochaine?
Que les vents te portent
F

25/04/03
Bonsoir F
Je suis content de te lire. Puis-je te proposer de nous voir le dimanche prochain à 20 heures, au même lieu? Sinon, en semaine, je suis libre, à partir de 19 h....
Qu'en dis-tu?
Je t'embrasse
N