Textes

Triste,

Je suis triste de ne pas aimer.

Encore un espoir anéanti : j'ai acheté un peu de rêve en toi, consommant trop tôt, sans doute, les joies prématurées d'une aventure incertaine, mais tant espérée.
Excès.
Excès de tout : envies de donner, désirs débordants, absences qui durent et le temps qui s'échappe …

" Je vomis à ta face tout mon tourment,
De mes entrailles éructe mon âme -goût troublé-
Au soupir étourdi, et au corps suppliant :
Bercer nos simples rêves de douces odyssées. "

Mais pourquoi ? Pour qui ?
Suis-je innocent au point de faillir en toi, déesse imaginaire. Ai-je vraiment compris ce que je voulais ? ce que tu voulais ?

Dans tes yeux, j'ai lu ton âme voyageuse, tirant le fil d'un chemin maintes fois repensé vers je ne sais quel trésor.
Par ta voix, j'ai cru deviner les contours d'un corps offert. Les vibrations internes et profondes comme allégories à la beauté, ont bâti une image obsédante, esclave.
Je me suis passionnément imbibé du sens de tes mots. Pas d'étreinte lascive qui ne soit sublimée par le respect, la complicité et la sensualité.
Pas de fusion réductrice non plus. Chaque corps s'appartient.
Que de promesses étourdissantes pour un cœur fautif, prêt à battre trop vite !

" Leste ton cœur de petits souffles accueillants,
Invite moi aux voyages clairs et sans fins,
Alors, d'un furieux appétit, les doux amants
Mènent la vie sans retenue des lendemains "

Et puis, il y a cet espace, lieu de rencontres et de séparation, empli d'une foule immense en quête de l'autre. Trop de monde, les fils se croisent, s'entremêlent et finissent par se casser. Je t'y ai reconnu, insouciante figure non rassasiée, la canne à l'affût.
Je n'y mords plus car je n'y crois plus. Je tourne mon pas, alourdi de pensées subissantes et larmées.
Le fier iguane d'Aruba, porteur inébranlable du temps qui passe, t'a séduit. Mais que peut un crocodile, fut-il aidé par Nemausus, pour adoucir ta raison ?

Le temps de croire n'a pas d'âge, la différence est-elle un mur infranchissable ? L'esprit donne au corps sa puissance, sa volonté, sa lumière, son rire. La différence enrichit, elle conduit, ouvre d'autres horizons et parfois soulage.
Sois fort d'y trouver souvent un refuge !

Je me tords de douleur, de mon poitrail sort le fiel de ma défaite. Il me faut trancher ce fantôme d'amour.
J'ai du mal à respirer, les mains crispées sur moi-même. Le sol tangue : en avant pour m'inviter à d'autres errements, en arrière pour éteindre ma lumière.
J'ai soif. La douleur donne soif. Les larmes n'épongent pas la douleur. J'ai mal au ventre, centre de mon corps et réceptacle des mauvais sens, mou, sans vie, sans rien.

" Si notre ardente flamme s'efface à la vie
Et si la peine me met en terre d'errance,
Je creuserai sans relâche la pauvre nuit,
Pour conquérir les étoiles d'abondance. "

L'Homme Sage :
" Si tu lèves les yeux et que tu vois qu'une seule étoile, alors elle brille pour l'humanité. Si tu lèves à nouveau les yeux et que tu vois des millions d'étoiles, alors elles ne brillent que pour toi "

Je suis convaincu que dans cette immensité, il y a en une qui m'attends, me guette et saura me défaire de mes angoisses. Pressé de ne pas attendre, je sais aussi que pour la séduire il ne faut pas la désirer.

Je ne veux rien.
Moi aussi je suis un homme libre,
Et je crois en moi.

Amitiés.

Enza Chaybif - Avril 2002