Textes

Le Silence - 28/08/02


Je suis une fourmi qui façonne minutieusement sa vie. Chaque brique se positionne au bon endroit, dans un ordre voulu. Je suis devenu homme. Ni grand, ni honteux, mais avec une vision heureuse sur les choses.
J'ai acquis mon indépendance, par le travail et la volonté. Il n'y a pas de frontières dressées au-delà de mes prétentions. Je me promène librement dans les allées du temps.
J'ai construit mon environnement humain autant qu'il m'a construit. Mes amis me sont devenus fidèles et je leur ai rendu. J'ai beaucoup reçu de la société et je lui dois encore beaucoup : les injustices sont trop présentes autour de moi pour me laisser inactif. C'est aussi ma dette.
J'ai maintenant besoin d'exister autrement, et tu es sur mon chemin..

" Eperdu, ton regard me somme ! Qui puis-je ?
Et la blanche sève rougit mon pâle espoir.
Enterrés, âcres désirs d'être otage
Du lien de chair et de peau, unis pour un soir.

Corps de feu attise mon âme éveillée.
Dans ma nuit s'élèvent rage et frénésie,
Corps de sable au matin noir des chauds regrets,
Disparu le songe des instants de furie.

Ma raison est troublée. Tes yeux clairs aliènent
A tort, à foison, mes vastes sextitudes.
Un chemin bleuté pavé d'ombres malsaines
Tire mon pas vers d'improbables aptitudes.

Ô que faire ? ni audace, ni courages
Ne pourraient nous astreindre. Il nous faut croire
La vertu des mots, guérison et passage
Vers l'ocre feu d'une merveilleuse histoire. "

Tais-toi !
Puisque tu ne veux rien dire. Les mots brûlent ta langue au point d'étouffer toute conversation.
Que dire ?
Le visage en bandouillère sur un corps en attente, j'ai longtemps espéré nouer le dialogue. Un espoir obstiné, car j'ai foi en la vie, mais raisonné aussi, par pragmatisme. Je n'ai nulle raison de m'exalter, seule la curiosité me dope.
Et puis, comment être sûr de toi ?
Finalement, il y a peu de chance que tu deviennes la réalité promise, celle qui inspire mes nuits et mes pensées. Un décalage est toujours possible entre ma perception de ce que tu me parais être, et ce que tu es vraiment. Les seuls éléments en ma possession constituent un réel danger. Je projette sur toi, mes promesses et mes attentes, ma force et ma passion, convaincu par l'écho encore incomplet que tu réverbères.
Plus nous attendons, plus je t'idéalise. Et le décalage s'accroît. La déception serait cruelle.
Pourquoi ?
Parce que le silence se dresse. Un mutisme érigé comme unique réponse.

L'abstinence par les mots est une vraie torture, un mystère déprimant, une faute. Le silence n'est pas seulement l'absence. C'est aussi une négation de l'existence, la peur du miroir.
On ferme la porte et on se cache dans son dogme, assuré de prolonger une réalité sans culpabiliser.
Que seraient l'oiseau sans son doux sifflet, l'enfant sans son rire, le ruisseau sans clapotis et le cœur sans son sourd battement ?
Un mépris de la vie.
Cela confinerait à une toile sans couleurs, à du miel sans sucre, à une vie sans amours….
Le silence est une prison.
Seuls l'ignorance ou le choix te conduisent dans ses entrailles ; prendre le labyrinthe des perdus vers d'obscures catacombes. Est-ce là une noble ambition ? Ton désir ?

Je ne crois pas.

Tu ne vêts ni le diable ni l'ennui.
Tu poursuis aussi ton chemin, puisant une énergie courageuse dans un quotidien escarpé en quête d'un Chevalier.
J'ai lu dans ton ombre une vraie générosité, une ardeur à la vie. L'intelligence guide ton pas. Tu rayonnes par ton élégance et ta gentillesse. Autant de forces pour agir et rompre le silence.
Ma volonté n'est sûrement pas tienne. Qu'importe. Je respecterai ce choix.
Faut-il encore se le dire et ne plus se l'écrire : c'est ma seule prière.

" Je ne peux me résoudre au silence bée.
Chimère fantôme ou aveux des rejets gris,
Dans mon Rêve d'Aime, je prie les Saintes Fées :
Te donner la force de nourrir ma folie.

Si le mauvais sort, pourpre et sans nulle gêne
Opposait nos âmes, mièvre turpitude,
J'irai sur les monts, en silence, avec peine
Pleurer mes froides larmes en toute quiétude. "

Le silence m'effraie. Je ne le comprends pas.
Quel est ton censeur ?
Le temps de croire n'a pas d'âge, la différence est-elle un mur infranchissable ? L'esprit donne au corps sa puissance, sa volonté, sa lumière, son rire. La différence enrichit, elle conduit, ouvre d'autres horizons et parfois soulage.
Sois fort d'y trouver souvent un refuge !

L'Homme Sage :
" Si tu lèves les yeux et que tu vois qu'une seule étoile, alors elle brille pour l'humanité. Si tu lèves à nouveau les yeux et que tu vois des millions d'étoiles, alors elles ne brillent que pour toi. Ne cherche pas dans le ciel les étoiles qui sont en toi. "

Je suis convaincu que dans cette immensité, il y a en une qui m'attends, me guette et saura me combler. Pressé de ne pas attendre, je sais aussi que pour la séduire il ne faut pas la désirer.

Je t'invite alors à scruter cette voie lactée, berceau de nos rêves, mais aussi de nos destinées. Qu'elle t'inspire !


La réflexion est maintenant tienne.

Une décision à prendre, sans conséquences, pour terminer un voyage à peine commencé, ou pour inventer une nouvelle odyssée. J'ai toute force pour faire face.
Je te l'assure.
Regarde autour de toi et observe : tous ces gens qui errent aveuglement sans but, et mécaniquement sans passions. Quelle tristesse ! Ils ne sont pas fautifs, ils n'ont pas appris. Appris à saisir l'instant. L'unique instant qui se singularise, souffle entre tous les souffles, et qui donne la vie.
Je veux t'affranchir de cette ignorance. Nul orgueil dans cette affirmation, mais un plaisir altruiste.

Je t'en conjure encore une fois, ne nous enferme pas dans la geôle des sans-paroles, c'est trop frustrant

Je ne veux rien.
Moi aussi je suis un homme libre,
Et je crois en moi.

" Puise ta force dans le souffle divin qui
Habite ta chair et ton âme généreuse,
Afin que se rompe un silence sans profits
Métissant nos intentions les plus heureuses "


Un Ami à l'écoute.