Textes

Musique - 11/10/02


Elle te berce le foie quand il va de travers.
Elle t'enveloppe la peau quand il fait triste, te couvre d'un parfum chaud, et te donne du cœur .
Charnelle et précieuse,
Vibrante,
Musique.

Je voudrais être musicien pour cracher mes émotions.
Je voudrais être pianiste pour te caresser, guitariste pour te serrer, saxophoniste pour t'embrasser.
Je voudrais être chanteur,
Et te dire ce que tu ne peux entendre par mes simples mots. Par chacune des notes qui s'évaporent, te construire un imaginaire. Léger. Où flotte ma rêverie. Où tes yeux parlent de voyages éternels.
Je m'évade dans cet abstrait silence, l'ouïe naissante, tu t'abandonnes enfin. Les va-et-vient, sans cesse rejoués, me donnent la nausée amoureuse.
Ecoute.
Entends-tu cette douce complainte ? Elle t'invite à l'abandon. Le plaisir ultime sonne la charge.
Etreintes amoureuses. Ecris-moi une odyssée.
La douce mélopée sucre ma bouche. J'ai le goût des couleurs.
Armé d'octaves languissants, je jette patiemment sur la portée, l'histoire de ma quête.
Pas de salut sans rêves.

Le troubadour joue les mêmes notes depuis des siècles. Nés des noires profondeurs, les chants raclent sa gorge. Ils hurlent son amour à qui ne peut l'entendre. Chaque note porte le timbre de sa détresse.
Pas de " la " sans toi,
Peut-être un " si " quand tu le peux,
Et un " sol " pour t'accrocher, te retenir.

Le saltimbanque s'en remet toujours à la lune. La lumière de nuit le calme. Il s'endort serrant très fort contre son ventre la flûte qui lui tient compagnie. Sa seule amie. Toute la journée, il lui a raconté les plus belles histoires d'amour, l'a tendrement étreint sur ses lèvres, soufflant le meilleur de lui-même et donnant de la magie à ses doigts. Quand il clos ses yeux fatigués, il ne peut empêcher une larme de venir se perdre sur ses joues. Il est heureux, et peut commencer à rêver. Rêver à la déesse qu'il guette à chaque coin de rue, qu'il espère sur chaque place.
Son rêve l'entraîne dans le sillon de danseuses agiles. Tels les papillons, elles virevoltent autour, l'enivrent de doux sons et maquillent son visage d'un parement de vérité. Il flotte dans cet univers pensif, les yeux scrutant les lieux, il pense à cet inconnu maintes fois chanté. Les lucioles ont rejoint les danseuses et ajoutent de la lumière au décor.
Maintenant, il peut ouvrir son âme et s'emplir d'un espoir fou. Un jour, il composera une symphonie unique. Il la jouera sur une immensité de sable fin, au bord de l'océan. Les vagues stopperont leurs rouleaux, les crabes et les bigorneaux feront la pause, les mouettes suspendront leurs cris pleureurs, pour écouter. Les alizés s'essouffleront et dans le calme absolu, toute vie se retiendra.
Plus rien n'existe à présent.
Alors une première note, timide et fragile ricoche dans l'espace, s'essuyant péniblement sur un nuage transi, puis se perd dans l'infini, sonnant le glas. Puis une deuxième et une troisième lui emboîtent le pas, dans une chevauchée harmonique. Les rondes, les noires, les croches se succèdent à un rythme grandissant, sortant progressivement de leur torpeur les êtres et les choses. Le silence laisse peu à peu la place à des envolées sonores. Le ciel s'agite à nouveau, les cumulus forment des couples, les mouettes planent et rebondissent sur des chorégraphies gracieuses, les crabes dansent en colonne. Dans un tumulte bouillonnant, la mélodie naît, pure et perçante.
Dans le ciel , les nuages se grisent et s'alourdissent. A chaque note qui zèbre la voûte céleste, en écho, un coup de tonnerre joue les cymbales et les grosses caisses. Le vent bourdonne de plus en plus fort. Il soulève des bourrasques de sable qui viennent fouetter le pan des roches. Dans la même agitation et dans un rythme pesant, la mer jette son écume sur le rivage. Le vol des mouettes accompagne maintenant le balai des dauphins, les poissons voltigent sur les vagues pressées, les étoiles de mer tracent sur la plage des arabesques étranges. Dans ce bouillon diatonique, chaque son est une vibration qui fuse, sans nul hasard.
L'ensemble constitue un chœur puissant, symphonique.
Sa force créatrice enchaîne chaque grain de sable pour construire un pont qui le conduit vers les cimes qui abritent sa muse. La musique prend alors son envol, beauté parmi les beautés, n'appartenant plus à son géniteur.
Le troubadour exulte.
En équilibre précaire sur la pointe des pieds, le souffle l'aspire. Il s'immerge complètement dans cette farandole musicale, les sens à vif. Sous ses yeux, son œuvre se déchaîne.
L'atmosphère est prise de cette passion. A l'unisson, les êtres et les choses ont créé le murmure suprême, le concerto des âmes.
Au réveil, le troubadour a froid.
Seules les pensées de la nuit encore bien réelles lui donnent le courage de poursuivre sa route. Et d'écrire une chanson . " Pour Toi "

" Pour Toi,
J'ai rêvé aux voyages
Et souris sur la plage,
Pour Toi,
Pour Toi,
Comme un marin au bateau crucifié,
Je rugirai sur la proue à coup de pagaies,
Et sans les voiles pour te retenir,
L'océan noir perd son phare et son avenir.

Donne-moi une chance,
Offre-moi ta présence,
Et si le temps te fuit,
Regarde par ici.

Pour Toi,
J'ai écrit des romances,
J'ai pleuré tes silences,
Pour Toi,
Pour Toi,
Comme un mendiant errant sur les chemins,
Je volerai les notes pour qu'au creux de tes mains,
Chante la mer et naisse mélodie,
Pour vivre chaque instant, une douce folie.

Donne-moi une chance,
Offre-moi ta présence,,
Et si le temps te fuit,
Regarde par ici

Pour Toi,
J'ai aussi changé le temps,
J'ai aussi vieilli mon sang,
Pour Toi,
Pour Toi,
Et sans savoir si la lune t'éclaire,
J'attendrai toutes les nuits sur un air,
Le moment pour entendre enfin les mots,
Comme des feux ambrés qui réchaufferont ma peau.

Donne-moi une chance,
Offre-moi ta présence,
Et si le temps te fuit,
Regarde par ici

Pour Toi,
J'ai ricoché comme un fou,
J'ai bondi tel un jeune loup,
Pour Toi,
Pour Toi,
A perdre raison dans un raid infini,
Je mordrai la route sur tes pas interdis,
Et avec comme seul guide dans mon cœur,
L'espoir fou de rejoindre l'étoile intérieure.

Donne-moi une chance,
Offre-moi ta présence,
Et si le temps te fuit,
Regarde par ici,
Regarde par ici,
Regarde par ici,… "

Cette place ressemble à toutes les autres, les passants y sont nombreux. Au creux d'un porche centenaire et à l'abri des vents de glace, il pose son sac, geste machinal, et peut commencer.
L'air en bandoulière, il s'ébroue maintenant face au parterre du jour. Comme à son habitude, l'indifférence a pris place, bien au devant.
Et pourtant, il va quand même donner tout ce qu'il a. Les quelques écus récoltés sont de pauvres récompenses face au plaisir qu'il éprouve. Il joue d'abord pour lui. Pour l'autre.

Alors que les quelques badauds attirés par la mélodie, commencent à se grouper, une idée lui traverse l'esprit. Finalement, rien ne le retient ici. Il décide de partir sans mots dire.
Laissant le vide sur la troupe interloquée. Il s'éloigne les mains dans les poches en sifflant, l'air heureux.
Juste une idée en tête…