Textes

"Nul n'est tenu à l'absurde vérité de son destin" - A Christophe - 08 août 2002


J'ai du mal à comprendre parfois ce que j'écris. Je t'ai soumis cette réflexion sans savoir vraiment pourquoi. Peut-être, un désir inconscient t'implorant de faire fi de ce que je paraissais au bénéfice de ce que j'étais. Profondément.

D'une ombre portée a surgi ton visage. Lumière insensée qui a tatoué à l'encre chaude et tenace la rétine de mon âme.
Harmonie des traits, denses comme l'enfer, celui qui conduit à l'esclavage.
J'ai perdu ma liberté de penser en te voyant. Un flash sans nom qui se noie dans mes désirs.

Un noctambule me dit alors :
" Cette lumière existe, elle est bien réelle. Sa source tu ne la connais pas. Parvenue jusqu'à toi, elle a été volée. Que veux-tu en faire ?
- tienne ? elle sera sans vie.
- tirer le fil d'Ariane ? tu t'exposes alors à la souffrance et aux ténèbres.
Oublie-la ! "

Comment oublier malgré moi. Ce visage éclaire mon futur, me donne l'envie. Une obsession devenue lancinante qui a fait du vide dans mes certitudes. Un vent qui a soulevé les sédiments de ma raison et qui m'entraîne au désespoir, celui de ne pas te connaître.
Fatalités de l'inconnu, une porte ouverte sur les errements de mon âme troublée et sur des abîmes de questions.
Qui es-tu ? Que veux-tu ? D'où viens-tu pour te perdre dans mes tourments ?
Ô que j'aimerais savoir !
Cette image de toi, je ne l'ai pas voulu. Je l'ai reçu, comme passeport vers des destinations sulfureuses, celles qui occupent mon temps de désœuvré. Ce fut presque un cadeau, tant j'ai cru à son messager. Je me suis alors projeté dans un avenir radieux, inventant sans limites le futur, débordant d'imagination. Maintenant tu habites aussi mon passé.

Je veux tirer le fil d'Ariane. Aller à ta rencontre. Que chacune de mes cellules s'imbibent de chacune des tiennes, dans une fusion régénératrice.
Mais où aller, dans quelles directions ?
" Open the window, please "
Que le Sage m'éclaire à nouveau, et que la conquête me guide.

Je ne peux me résoudre à l'immobilité. La force est en moi, et je veux la partager, avec toi. Une insouciante volonté me conduit à espérer. Ma raison s'emballe à nouveau !
" Pauvre cœur fautif prêt à battre trop vite. "

J'ai cru un instant te posséder, ayant patiemment construit le pont entre nos deux rives. Mais je me suis trompé. Leçon de choses, naïveté du jeune amoureux. Il me reste la nostalgie du croyant, la tristesse quand le monde s'écroule avant même d'avoir existé.
Un être et un non-être s'entrechoquent. Débris de vie sans début ni fin.
Que fait ma raison ? Elle m'abandonne, lâche rempart en proie face à mes croyances.

Ton visage, je l'ai reçu comme une invitation à me perdre dans le dédalle de ma vie. Tu n'as rien arrangé, c'était déjà compliqué.
Quelle puissance de feu as-tu déclenché, pour allumer mes vieilles bougies insufflant une improbable soif d'aimer.
Par quels miracles, quelques courbes et couleurs bien posées, peuvent-elles à ce point bouleverser des sentiments si bien rangés ?
Un véritable tremblement de chair dont je ne peux me remettre.

Je reste fasciné par ce regard profond, direct, à l'air pourtant si détaché. Des yeux qui scintillent de coquinerie et une nonchalance apparente, te confèrent une expression bougonne, mais aussi un ensemble ravageur qui semble me dire : " viens ? "
S'ensuit un nez sur lequel le soleil s'est légèrement essuyé. Puis des lèvres sensuelles posées sur une bouche à demi ouverte prête à laisser s'échapper les doux mots de mon imagination.
Tu sembles te réveiller, au sortir d'une nuit pendant laquelle tu n'as pensé qu'à moi, voyageur de l'inconnu. T'ai-je aimé ? T'ai-je manqué ? Tu ne réponds pas.
Cette photo est muette et pourtant ce silence est assourdissant pour moi qui ne fait que l'écouter depuis une éternité.

Mais plus que ton image, c'est surtout une autre part de toi qui m'a séduit. C'est ta bohème. L'artiste qui est en toi. Non pas que je sois ému par tes œuvres, je ne les connais pas. Mais je reste figé face à la sensibilité qui se dégage d'une personne qui s'exprime par ses sens. Je t'imagine devant ton piano, les doigts caressant les douces notes de ta composition, laissant s'échapper une mélodie qui m'envoûte et me transporte dans tes rêves mélancoliques. Tu joues pour toi, ta famille, tes amis mais je suis seul à percevoir les entrailles de ta mélopée, porte-drapeau de ton plaisir, de ta souffrance. J'écoute transi de joie, égoïste épicurien qui se nourrit de chaque instant de ta présence.
Je ne te vois plus.
Je te sens.
Tu exorcises mon antre déchu par des années de renonciation à la vie simple, celle qui berce les amoureux dans d'infinis soupirs de bonheur.
" Fantôme d'Amour "
" Tatoueur des Ombres "
Quand nous nous rencontrerons, j'aurai des millions de choses à te dire, et pourtant je ne parlerai pas.
Une image animée succédant à une image figée, révolution des révolutions, tel sera le plus beau des spectacles qui fera de moi une vibration continue.
J'écouterai fébrilement heureux, ta voix se superposant à celle imaginée et prenant le pouvoir des mots. Je n'entendrai rien, planant au dessus, simple oiseau invité par hasard, discret mais avide. De toi.

En attendant, je guette la moindre étincelle, la plus insignifiante poussière, le plus laids des signes, et je pars à ta conquête.
Puisse les cieux t'avertir que sur cette terre, un saltimbanque doux et rêveur, construit une voie lactée, parsemée de poèmes pour t'inviter à son voyage. Sois fort de le reconnaître.

Lutte-t-on contre son destin ?

Moi, je préfère l'accompagner, le séduire, le convaincre de me produire des vies inouies, où la morosité fait place à l'exaltation.
Une place se dresse sur ma route, la vérité y trône en position centrale, mon destin est là, sur sa droite, portant ostentatoirement sur son blason la sentence qui m'est promise. Le temps est l'exécuteur désigné. Virtuose, il hurle avec violence ou souffle délicatement les caprices de son souverain, dans toutes les rues, sur tous les chemins, à travers champs et villes, sur toutes vies, sans peur des montagnes, des fleuves et des colères humaines, inéluctablement et invariablement. Nul ne saurait s'y opposer. Nul n'est tenu à l'absurde vérité de son destin.

Je n'ai ni l'envie ni le courage de lutter. Résignation facile qui justifie et me déculpabilise du hasard de mes rencontres. Les vents me portent.
Et pourtant, je ne devrai pas confier au dernier inconnu un morceau de mon chemin sans être sûr qu'il ne lui soit profitable. Sinon, à quoi bon partager ?

Je ne sais pas encore ce que le destin a décidé, te concernant, nous concernant. J'attends sereinement -fébrilement ?- la sentence.
Mon désir intime, sorte d'écran opaque qui censure mon jugement, me pousse à croire à un possible partage. Celui des sens, de la chair, de l'instant. Mais j'ai du mal à te lire, à déchiffrer ta part d'inconnu qui me concerne. Sauras-tu m'éclairer ?

Nos correspondances sont toujours plus espacées. Nous nous sommes rapprochés par des mots choisis. Pas de hasard, ici. Seule la volonté d'explorer nos âmes nous tient pour l'instant. Puis, viendra le temps de creuser d'avantage, à la recherche du trésor. Chacun le sien, recelant ses propres richesses, de la sincérité des sentiments à l'humour rayonnant, un spectre de caractéristiques propres à chacun. La palette proposée, doit nous enrichir ou nous détruire. Sans raison plus forte, la différence ne prend le pas sur la ressemblance, tout est question d'alchimie.

Et c'est là qu'intervient le destin. Lui qui va oser sans rien mendier pour un pardon, poser les bornes et nous dicter la route. Sans autre choix !
Injuste et excitant à la fois.
Ne rien décider et subir ? Accepter sans souffrance ou avec bonheur ? Je revendique le non-agir, le non-désir, le non-être. Mais j'ai la faiblesse de l'homme qui croit. Et je ne peux me résoudre à l'inaction, à la passivité. Il me faut me forcer le destin, l'accompagner, le séduire, le convaincre de …… " Accorde-lui un sursis ! "

Je dois garder mon insouciance, elle me pare d'une virginité protectrice et me préserve des grandes déceptions. Non pas que j'y sois insensible, mais je préfère oxyder le passé d'un voile amnésique et croire en mon devenir à tout moment, sans répit. Un souffle de vie permanent m'inspire et me somme à l'éveil. Saisir au vol les rares promesses, c'est mon credo. Tu m'es apparu " espérance ". Deviendras-tu " délivrance " ?

Advienne que pourra, me susurre l'ange.

La croyance, je la puise aussi dans le ciel, où les étoiles donnent écho à ma quête, la céleste. Et pourtant, il me semble long ce chemin. Même agrémenté de jolies fleurs sur lesquelles il m'arrive de m'attarder et de me perdre, même si la variété de sa terre m'éloigne souvent de l'ennui, je le trouve long, interminable, sans horizon fini.
Le peintre, complice de mon impatience, a déserté sa toile, il ne la finira peut-être jamais.
L'inachevé a un goût amer ; longer la rivière, ne pas trouver le gué et contempler avec convoitise la rive opposée sur laquelle tu campes, si proche et pourtant inaccessible. Cette traversée qui nous sépare est insupportable. Tu agites un drapeau arc-en-ciel, avec des mouvements qui suggèrent l'invitation, je te vois, te devine, te respire presque et puis tu disparais dans la brume des berges humides. J'avoue ne pas toujours bien comprendre …
Et le doute s'installe. Qu'ai-je dit, qu'ai-je fait. Comment le saurai-je ? Tu es comme l'eau qui fuit entre mes doigts.
Comment interpréter ton silence. Rejet ou peur ?
Le doute est la fille de l'indifférence. Pire que tout. Il te plonge dans l'obscurité et t'empêche de dormir. Je n'ai plus faim et je guette le moindre signe de toi comme seule nourriture. Spirituelle mais nécessaire à ma paix.
Dis-moi.

Ma quête est pourtant banale. Tellement banale. Encore faut-il l'écrire. Deux êtres, une flamme et des émotions. Heureuses ou malheureuses. C'est aussi dans la douleur que les liens se fixent. S'échanger des fou-rires dévastateurs, rire, rire et encore rire à en perdre les yeux, se rouler par terre sans raison, juste par folie. Se lâcher intensément, exister dans la démesure, oublier les règles, exploser aux yeux de tous sans retenues, entraînant dans notre sillage tous les fidèles qui trouveront une réponse à leur vie dans la notre. Vivre sans crainte de l'avenir. Un regard, une épaule toujours en appui, la certitude d'être compris et aimé, donnent de la force pour cheminer. Rien ne peut détruire l'espérance des amoureux.

J'ai une envie déraisonnable de vivre ces émotions avec toi. Je ne suis pas sûr pour autant que tu sois la personne idoine. Ni toi ni moi ne décrèteront ce qu'il en est. Question de magie. Les coups de foudre claquent au hasard. Un éclair de frénésie qui zèbre les parois du cœur. La beauté, l'âge, la raison n'y peuvent rien !
Si nulle chose ne nous assemble, il nous restera alors les cendres de pensées savoureuses. Et puis, le baluchon en arrière, chacun reprendra le temps là où il l'a laissé, et s'éloignera à la conquête d'autres étoiles. Sans tristesse ni regret, heureux d'avoir partagé quelques passages de vies échangées.
Puisse cette errance ne pas être punition !

Mon seul et unique amour -corps absent- est venu alors que je n'en voulais pas. Tout le repoussait, tout m'éloignait de lui : son physique en premier lieu, puis son caractère, farouche et méprisant, répulsif comme une mauvaise haleine. Il était arrogant, trop sûr de lui, trop fort. J'avais 20 ans et des rêves pleins la tête. Convaincu qu'à mon âge, seul mon pouvoir de séduction suffirait à conquérir les apollons enfouis dans mon imaginaire. Sûr de ma puissance. Que pouvait sur mes désirs cet être sans expression ni grandeur. Et malgré moi, j'y ai succombé, innocemment. Une intense chaleur a alors envahi mon corps, une joie de vivre incomparable. Je produisais une énergie nucléaire capable d'alimenter mille bonheur. Un appétit féroce pour changer le monde ! J'ai été hypnotisé par cet amour très longtemps, une marque indélébile fleurit maintenant mon âme, souvenir radieux qui me fait du bien quand j'y songe.
Une odyssée que j'espère renaître.

Je sais surtout maintenant que par ignorance, on passe à côté de passions uniques. Parce que nos préjugés et notre raison guident nos émotions. Je voudrai tant te convaincre qu'il est nécessaire d'essayer. Que risque-t-on ?

Rien.
Le veux-tu ?

Un Ami en instance.