"Une
Image de Toi"
Juillet 2002
D'une ombre portée a surgi ton visage. Lumière insensée
qui a tatoué à l'encre chaude et tenace la rétine de mon âme.
Harmonie des traits, denses comme l'enfer, celui qui conduit à l'esclavage.
J'ai perdu ma liberté de penser en te voyant. Un flash sans nom qui
se noie dans mes désirs.
Un noctambule me dit alors :
" Cette lumière existe, elle est bien réelle. Sa source tu
ne la connais pas. Parvenue jusqu'à toi, elle a été volée.
Que veux-tu en faire ?
- tienne ? elle sera sans vie.
- tirer le fil d'Ariane ? tu t'exposes alors à la souffrance et aux
ténèbres.
Oublie-la ! "
Comment oublier malgré moi.
Ce visage éclaire mon futur, me donne l'envie. Une obsession
devenue amoureuse qui a fait du vide dans mes certitudes. Un
vent qui a soulevé les sédiments de ma raison et
qui m'entraîne au désespoir, celui de ne pas te
connaître.
Fatalités de l'inconnu, une porte ouverte sur les errements de mon âme
troublée et sur des abîmes de questions.
Qui es-tu ? Que veux-tu ? D'où viens-tu pour te perdre dans mes tourments
?
Ô que j'aimerais savoir !
Cette image de toi, je ne l'ai
pas voulu. Je l'ai reçu, comme passeport vers des destinations
sulfureuses, celles qui occupent mon temps de désuvré.
Ce fut presque un cadeau, tant j'ai cru à son messager.
Plus tard, j'ai su que non, ce fut simplement un artifice protecteur.
Se protége-t-on de l'amour ?
Maintenant tu hantes aussi mon passé.
Je veux tirer le fil d'Ariane.
Aller à ta rencontre. Que chacune de mes cellules s'imbibent
de chacune des tiennes, dans une fusion régénératrice.
Mais où aller, dans quelles directions ?
" Open the window, please "
Que le Sage m'éclaire à nouveau, et que la conquête me
guide.
Je ne peux me résoudre à l'immobilité.
La force est en moi, et je veux la partager, avec toi. Une insouciante
volonté me conduit à espérer. Ma raison
s'emballe à nouveau !
" Pauvre cur fautif prêt à battre trop vite. "
J'ai cru un instant te posséder,
ayant patiemment construit le pont entre nos deux rives. Mais
je me suis trompé. Leçon de choses, naïveté du
jeune amoureux. Il me reste la nostalgie du croyant, la tristesse
quand le monde s'écroule avant même d'avoir existé.
Un être et un non-être s'entrechoquent. Débris de vie sans
début ni fin.
Que fait ma raison ? Elle m'abandonne, lâche rempart en proie face à mes
croyances.
Ton visage, je l'ai reçu
comme une invitation à me perdre dans le dédalle
de ma vie. Tu n'as rien arrangé, c'était déjà compliqué.
Quelle puissance de feu as-tu déclenché, pour allumer mes vielles
bougies insufflant une improbable soif d'aimer.
Par quels miracles, quelques courbes et couleurs bien posées, peuvent-elles à ce
point bouleverser des sentiments si bien rangés ?
Un véritable tremblement de chair dont je ne peux me remettre.
Je reste fasciné par ce
regard profond, direct, à l'air pourtant si détaché.
Des yeux qui scintillent de coquinerie et une nonchalance apparente,
te confèrent un peu de bougonnerie, mais aussi un ensemble
ravageur qui semble me dire : " viens ? "
S'ensuit un nez sur lequel le soleil s'est légèrement essuyé,
rougi et dont quelques peaux semblent vouloir se séparer. Puis des lèvres
sensuelles posées sur une bouche à demi ouverte prête à laisser
s'échapper les doux mots de mon imagination.
Tu sembles te réveiller, au sortir d'une nuit pendant laquelle tu n'as
pensé qu'à moi, voyageur de l'inconnu. T'ai-je aimé ?
T'ai-je manqué ? Tu ne réponds pas.
Cette photo est muette et pourtant ce silence est assourdissant pour moi qui
ne fait que l'écouter depuis quatre mois.
Quatre mois pendant lesquels j'ai exploré tous les moindre pixels de
la vérité que je devine.
Tu exorcises mon antre déchu par des années de renonciation à la
vie simple, celle qui berce les amoureux dans d'infinis soupirs de bonheur.
" Fantôme d'Amour "
" Tatoueur des Ombres "
Quand nous nous rencontrerons,
j'aurai des millions de choses à te dire, et pourtant
je ne parlerai pas.
Une image animée succédant à une image figée, révolution
des révolutions, tel sera le plus beau des spectacles qui fera de moi
une vibration continue.
J'écouterai fébrilement heureux, ta voix se superposant à celle
imaginée et prenant le pouvoir des mots. Je n'entendrai rien, planant
au dessus, simple oiseau invité par hasard, discret mais avide. De toi.
En attendant, je guette la moindre étincelle,
la plus insignifiante poussière, le plus laids des signes,
et je pars à ta conquête.
Puisse les cieux t'avertir que sur cette terre, un saltimbanque doux et rêveur,
construit une voix lactée, parsemée de poèmes pour t'inviter à son
voyage. Sois fort de le reconnaître.